2011-2019 : est / à intégré·r

Lécher un lobe d’oreille, inconsciente de ce qui agit.
Trouver normal de danser sans fatigue toute la nuit.

Je vois rien si j’ouvre les yeux !
J’ai l’impression d’être une partie d’un tout, d’un cocon chaud et protecteur.
Je ne sais plus à quel moment cela s’arrête, à quel moment l’harmonie est rompue.
On m’a expulsé dans le vaste monde et je sens à nouveau le poids de la solitude, de mon individualité, la distance avec les autres.
Je me demande si le monde a toujours été comme ça mais que je n’étais pas capable de m’en rendre compte.

Mais vous entendez toutes mes pensées !
Qu’est-ce que ce serait si je n’avais pas à me protéger…
Même trippée, j’ai peur qu’ils s’ennuient…
– Tu m’avais promis des licornes !
– Non, Alienne.
J’ai tout aimé de vous And death shall have no dominion

On a toute la nuit pour danser – on a toute la vie pour danser – on dansera ensemble toute la vie.
le monde en paix qui cesse enfin d’être menaçant
c’est l’enfer joyeux

Vouloir que ce soit bien non pour le moment présent mais pour le futur, c’est un problème.

La Sainte.
Ce que tu recherches c’est le contrôle des désirs.

Je me met à avoir très peur de l’intrusion, je ressens un besoin très fort d’avoir “mon territoire”. Intolérable aussi l’idée qu’ils puissent m’entendre moi, et d’une certaine manière “me voir”, me juger.
je lui demande de protéger mon sexe en mettant sa main dessus, de façon couvrante.
c’est trop compliqué
les règles sociales, elles peuvent entrer en contradiction avec mes besoins
Difficulté si grande à rester centrée sur moi, mon besoin. Et en même temps quand je retrouve ce besoin, il me semble extrêmement urgent et devoir passer avant TOUT le reste
si je me perds, comment me retrouver ?
si je ne me contrôle plus, qui me contrôlera ?
je suis vivante
“guéris, guéris”

se prendre un mur mental de plein fouet
panique de petit animal enfermé
on m’a privé d’une partie de ma vitalité

le Juge mis à jour
ou comment avoir une relation abusive avec soi-même

je ne sais pas profiter
je suis défectueuse
repérer les pensées qui ne servent pas mon bonheur, ou quoi que ce soit de fonctionnel,
prendre un virage volontaire
créer mes chemins

Ce n’est que ça ?
Si tout est continuité, je ne sais pas comment choisir de me placer dessus (extérieur-intérieur, moi-les autres, état de conscience normal-état de conscience modifié…). Tout me semble trop compliqué.
cette inquiétude ne faisait RIEN pour ma survie. Elle ne garantissait rien. Elle n’était pas active à autre chose que de s’auto-alimenter.
Est-ce que j’ai le droit d’exister ?
Il y a plein de choses dont je ne peux pas me protéger.
Je dois accepter mon impuissance pour pouvoir construire de la puissance à l’intérieur des limites de l’univers.
Tout ça est très désagréable. Mais je ne me laisse plus faire.
C’est compliqué de changer. C’est compliqué d’avoir dépensé autant d’énergie pour rien.

c’est moi le plus gros bébé ici.
“Quand je te demande si ça va, tu entends : est-ce que je peux t’abandonner ? ”
je ne me sens pas du tout légitime à demander ce que je veux et ce dont j’ai besoin, et j’ai encore plus honte de le faire devant d’autres que lui.
ça ne sert à rien de reprendre des drogues en ce moment, et il faut que j’arrête de croire que je vais y trouver une clé magique à mes problèmes. Les failles sont bien connues, circonscrites, il s’agit maintenant de les accepter pour de vrai.

Devenir Forêt. Augmentation plutôt que sortie de moi.

Ce qui circule en moi des pieds à la tête est un serpent, et l’énergie est noire.
Je me sens vide, sans élan, sans pulsion, et je le regarde qui a l’air de savoir profiter de l’expérience. Je ne mérite pas de vivre puisque je n’ai pas d’envie.
Je suis un bébé qui déteste les bébés.
ll m’a vu vieille et m’a aimée.

C’est mon univers, nous sommes un univers.
Aide-moi. Aide-moi à rester dans le mouvement.
La sensation d’être arrivée, dans ton amour, de vivre enfin ce que je recherchais tout ce temps.
Le moment de la fin est si déchirant. Je tente de retrouver la connexion, j’échoue, et là je m’écroule. C’est comme si j’avais à nouveau perdu le paradis, l’unité, l’extase. Je ne veux pas perdre. Pas perdre contre mon scénario, pas qu’il se répète encore, je pense que ce n’est pas possible, pas acceptable, que ce soit encore la même histoire (je n’ai pas conscience qu’il se répète parce que je le porte avec moi, que c’est mon regard, mes pensées, mes émotions, qui causent la répétition).
Je sais pas quoi vous dire, à part est-ce que vous avez des mouchoirs pour que je pleure la douleur d’être seule dans ce monde ?
Je dois, encore, devenir adulte de force, dans la souffrance.
L’art comme simulacre de mon besoin de consolation impossible à rassasier.
L’art comme fondamentalement voyeur, comme une tentative d’absorber des expériences de vie. Manger nos propres expériences perdues.
J’ai envie que ma vie continue, de trouver du plaisir avec d’autres, de me sentir indépendante.
I am the Worst Baby, le bébé de la question existentielle

Je suis ma chance ouverte et mon encerclement.
fuck it, ici, je fais ce que je veux
Personne ne m’aimera comme je m’aime. Personne n’aura ce rapport à ce corps.
j’ai des yeux incroyables
j’aurais pu me perdre dedans
gender is meaningless
je vois tout, le masculin, le féminin, tout dépend de là où je porte mon attention, de comment j’exerce mon regard
pas de réponse plus vraie qu’une autre
multiplicité non figée.
La résolution d’en prendre soin, à partir de maintenant, même quand la frustration sera forte.

Il me propose une histoire :
ce n’est pas que je ne sais pas profiter, c’est que je ne sais pas où aller. C’est que je suis submergée par toutes ces stimulations.
Ielles cherchent tou·te·s un moment de connexion. Nous, nous le vivons.

Ces affiches sont familières, c’est un peu comme si elles étaient moi.
Ma conscience se scinde en trois, comme un cristal qui se brise, sans qu’aucune des trois parties équivalent à un “moi”.
Je n’ai pas peur de me perdre, je laisse les choses se faire. J’essaie de ne pas repousser les émotions qui viennent à moi.
Si j’ai été colonisée par les araignées violettes, c’est ok.
Là je me vis plutôt comme un territoire.

Mouvement du bassin comme pour repousser ce qui angoisse.
Expérimentation avec une petite araignée : quand je vais vers elle, je vois que c’est elle qui a peur, qui cherche à m’échapper.
Ce n’est pas que j’aurais peut-être envie d’un enfant, c’est que j’ai désormais envie d’un enfant, et que je ne sais pas si ça arrivera un jour.

Il y a une petite partie de mon cerveau qui n’est pas à moi. Je suis, du moins, me sens, percée. C’est la lutte intérieure : certain·es trouvent ça essentiel, d’autres savent que cette croyance me fait du mal. Il est trop tôt pour y renoncer.

il est complètement absurde que nous menions le type de vies qu’on mène, nous, l’humanité, quand on peut ressentir ça.
Je me sens limitée dans ma capacité d’expression, j’ai envie de bouger, mon bassin surtout, mais je n’ose pas, je ressens un empêchement, une gêne, une inquiétude, un sentiment de forte responsabilité par rapport à la situation et de frustration – l’idée que si je ne suis pas en vigilance, alors personne d’autre ne le sera.
La constatation de reproduire des dynamiques systémiques oppressives à l’échelle individuelle, et de me sentir enfermée dedans au présent. Pour vivre / agir, il faut forcément que je prenne le risque d’être abusive ; je trouve ça affreux, insupportable.
Il n’y a aucune menace immédiate.
L’identité comme étant de l’attachement et de la loyauté envers nos souffrances.
Vivre ou mourir. Vivre ou mourir.
Mon féminisme me fait du mal.
Je veux avoir le droit de vivre une vie qui autorise la prise de risque.
C’est normal que les gens ne soient pas capables de reconnaître leurs échecs, torts, abus, vu comme ils sont traités quand ils le font.
J’ai besoin de savoir que si je fais un usage de mon pouvoir qui lui fait du mal, elle saura me le dire et ne pas le traiter comme quelque chose d’impardonnable.

amour adolescent

Tu es arrivé dans ma vie le premier mois de ma liberté nouvelle. J’avais seize ans, je rentrais en hypokhâgne, ce mot pompeux destiné à nous façonner dans l’idée de la supériorité intellectuelle censée être la nôtre, et tu étais dans ma classe. Dans le tourbillon de nouveautés des premiers jours, je t’avais vu sans te regarder. Le premier souvenir précis que j’ai, c’est celui de la queue à Gibert-Joseph : j’étais allée feuilleter le nouveau roman d’Amélie Nothomb que j’avais presque intégralement lu sur place, et sans doute acheté des bouquins pour nos cours de français ou encore un dictionnaire anglais-anglais. Je ne sais plus ce qu’on s’est dit, mais c’était le premier moment d’intérêt tacite entre nous. C’est peut-être cette fois-là que je t’avais dit qu’ ”on ne perd jamais de temps”, ce que tu avais intégré à la chanson écrite pour moi, avec mon prénom comme titre (tu dis qu’on ne perd jamais de temps, mais moi, loin de toi, j’en perds tout le temps…). T’étais brun, grand et très mince, le mot dégingandé aurait pu être créé pour toi. C’est marrant, parce que je sais que t’avais les cheveux très courts à l’époque, mais malgré les photos, j’ai bien du mal à te représenter dans ma tête autrement qu’avec les cheveux longs. Habillé un peu n’importe comment, ça n’a pas changé, comme si on te voyait toujours au saut du lit. Une nonchalance de chien fou, brusque et élastique à la fois, lévrier croisé avec un chien des rues.

En repensant à tout ça, je sens mon coeur qui se serre et se remplit à la fois et c’est même pas triste, je me dis, alors que j’ai peut-être aussi un peu des larmes dans les yeux.

Ensuite il s’est passé plein de choses en très peu de temps, mais là où j’ai commencé à retenir mon souffle et entendre mon coeur battre un peu trop fort, c’était sur le quai de la gare de Dijon. Une semaine et demie après la rentrée, il était temps de rentrer au bercail pour le week-end. On était arrivé en groupe à la gare, avec d’autres gens de la classe, et, toutes et tous, avaient leurs trains avant les nôtres. Ces petits hasards de timing qui accélèrent le cours des choses. J’étais contente de me retrouver avec toi, un peu intimidée, aussi.  Tu m’avais proposé de faire un quart de singe (ça faisait partie d’un jeu plus compliqué que tu avais inventé), et le mot qu’on avait composé ensemble, c’était “charmante”. J’y ai vu plus qu’un hasard, comme si c’était toi qui nous avais dirigé là, alors que j’étais celle qui avait choisi la lettre de départ. J’étais embarrassée, mais pas seulement, ça s’accompagnait d’une pointe de…d’exaltation, d’excitation ? Je ne sais pas trop. Mon train arrivait avant le tien, c’était le moment de se dire au revoir. J’ai voulu te tirer les joues, comme je le faisais avec tout le monde à l’époque, tu a pris ma main et l’a embrassée. On s’est regardés, je suis montée dans le train. Quel émoi, j’ai bien dû y penser tout le trajet, retourner le geste, l’image, le regard dans ma tête, tenter d’analyser ce qui était en fait d’une franche simplicité. “Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?”.

Les deux semaines suivantes, le rapprochement a continué, corps à corps, ma première fois, tes histoires de lycée, The Raven de Poe que tu aimais réciter, la dissertation burlesque que tu m’avais écrite pour mon anniversaire. Je t’aime, tu l’as dit très vite, tu l’as dit avant moi, et pendant deux semaines, je me suis dit que tu étais plus engagé, plus à fond que moi. Je ne pouvais pas encore réciproquer, j’étais de plus en plus charmée mais je me sentais encore en contrôle, d’une certaine façon.

Le soir où ça a basculé, c’était un dimanche, je crois, j’étais arrivée avant toi à Dijon. Je suis allée t’attendre devant chez toi. Tu habitais dans un immeuble, au bout d’un couloir, et il y avait une fenêtre qui donnait sur le toit. J’étais assise dans l’encadrement de cette fenêtre, le regard rivé sur la lune, aucun bruit autour, et j’ai senti l’amour enfler en moi, comme une vague qui grandit jusqu’à la crête, et qui a déferlé quand tu es arrivé. Là j’ai perdu pied, j’ai cessé de contrôler quoi que ce soit, et j’ai commencé à te dire Je t’aime.