{"id":122,"date":"2019-01-17T22:13:00","date_gmt":"2019-01-17T21:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alienne.fr\/?p=122"},"modified":"2022-08-19T22:20:33","modified_gmt":"2022-08-19T20:20:33","slug":"2019-novembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alienne.fr\/?p=122","title":{"rendered":"2019, janvier"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me donne le droit d\u2019\u00e9lire les gens, celles et ceux qui auront l\u2019autorisation de passer la fronti\u00e8re. Il suffit parfois de quelques secondes, parfois, cela prend plusieurs mois, voire plusieurs ann\u00e9es. Je compose, sans en faire trop de secret, ma tribu mouvante. J\u2019ai rarement de difficult\u00e9s quand il s\u2019agit de choisir les gens : qui inviter \u00e0 tel \u00e9v\u00e9nement, avec qui passer du temps. J\u2019ai reconnu les miens, bien qu\u2019ielles ne le sachent pas toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me demande \u00e0 quel point j\u2019ai l\u2019air d\u2019une personne diff\u00e9rente, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre de la fronti\u00e8re. En tout cas, le point commun certain entre ce qui est per\u00e7u de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, c\u2019est que je suis courageuse. C\u2019est vrai. Je ne crois pas avoir eu le choix. Et pourtant, si vous saviez comme j\u2019ai peur. \u00c9videmment. Sinon, je n\u2019aurais pas besoin de la fronti\u00e8re.<br>Si j\u2019ai aussi peur, c\u2019est parce que c\u2019est l\u2019\u00e9motion qu\u2019on a le plus tent\u00e9 de discr\u00e9diter chez moi, celle dont on m\u2019a dit que j\u2019\u00e9tais b\u00eate de la ressentir, que c\u2019\u00e9tait inutile. Celle qu\u2019on a voulu m\u2019interdire, et quand j\u2019\u00e9cris on, je veux dire ma m\u00e8re. Si vous n\u2019aviez pas encore compris : en ce qui concerne les \u00e9motions, interdire n\u2019est pas une strat\u00e9gie valable. Interdire. N\u2019est pas. Une strat\u00e9gie. Valable. Je fais des cauchemars fr\u00e9quents et plus ou moins violents depuis l\u2019enfance. J\u2019essaie d\u2019apprendre \u00e0 me d\u00e9patouiller avec cette peur qui prend tant de place, d\u2019en grapiller un peu pour moi. C\u2019est lent et long. Les ramifications sont profondes, enchev\u00eatrements de mes dysfonctionnements qui pourraient para\u00eetre inextricables. Ne m\u2019abandonne pas. Ne joue pas contre moi. J\u2019aurais peur aussi longtemps que je resterais dans la demande, la supplique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai vingt-six ans et je n\u2019ai pas fini d\u2019apprendre \u00e0 exister par moi-m\u00eame. Peut-\u00eatre aussi simplement \u00e0 accepter d\u2019exister. \u00c0 accepter d\u2019\u00eatre moi. Ce qui voudrait sans doute dire aussi accepter mes envies de fuite, de mort \u2013 qui sont cependant tr\u00e8s diff\u00e9rentes aujourd\u2019hui de mes id\u00e9es suicidaires d\u2019adolescente en d\u00e9calage et d\u00e9j\u00e0 trop traumatis\u00e9e par sa famille. Aujourd\u2019hui, je sais la notion du temps, je sais que le d\u00e9sespoir ne s\u2019installe jamais compl\u00e8tement \u2013 ou au moins jamais pour moi. Je sais que ma bague \u00e0 l\u2019annulaire est l\u00e0 pour me rappeler ma promesse \u00e0 moi-m\u00eame de rester en vie et d\u2019explorer avec curiosit\u00e9 ce que je peux en faire, de cette exp\u00e9rience si bizarre et si complexe, maintenant que moi, je l\u2019ai choisie. Choisie, oui. Je crois \u00e0 ma capacit\u00e9 \u00e0 faire des choix. Je crois avoir une part de libre-arbitre. Je crois qu\u2019il serait pas mal que je tente un peu plus souvent de prendre la d\u00e9cision consciente de faire confiance, ce saut dans le vide, <em>a leap of faith<\/em>. (J\u2019aimais d\u00e9j\u00e0 cette expression, depuis le dernier Spider-Man, elle a pris une coloration suppl\u00e9mentaire).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019id\u00e9e que je contr\u00f4le quelque chose me rassure. En fait, on pourrait tout aussi bien dire qu\u2019elle me panique : si je n\u2019avais pas cet espoir de contr\u00f4le en premier lieu, je ne serais pas si angoiss\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de le perdre. Je contr\u00f4le. Qui peut passer la fronti\u00e8re. Qui est dehors. Qui est dedans. Je tisse la toile de mon petit monde. Je l\u2019entretiens. J\u2019organise des \u00e9v\u00e9nement, des rencontres. J\u2019aspire \u00e0 densifier ma toile plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tendre. Je n\u2019aime pas les impr\u00e9vus. Je n\u2019aime pas les changements. Pourtant, je ne sais pas faire autrement qu\u2019\u00eatre en mouvement et qu\u2019aimer les gens qui le sont. Je ne sais pas me reposer, cr\u00e9er une pause, une suspension volontaire du mouvement.<br>C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a se cogne, mon besoin de structure, de fiabilit\u00e9, rendu quasi rigide par la peur, et les besoins de flexibilit\u00e9 de mon souple r\u00e9seau polyamoureux \u2013 et de l\u2019existence elle-m\u00eame. Le r\u00e9seau est rhizomatique, il s\u2019\u00e9tend depuis des extr\u00e9mit\u00e9s parfois inattendues. Je ne peux pas toujours exiger : toi dedans, toi dehors. Il y a des personnes non accr\u00e9dit\u00e9es qui fr\u00f4lent la fronti\u00e8re. Qui se retrouvent d\u00e9positaires de parcelles de mon intimit\u00e9, par le jeu des m\u00e9langes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon r\u00eave impossible : vivre dans une grande communaut\u00e9 anarcho-f\u00e9ministe dont j\u2019aurais choisi chaque personne. Je ne me suis pas encore remise d\u2019avoir et d\u2019avoir eu, une, des famille\u00b7s. Je cherche \u00e0 apprendre la souplesse qui permet de se lier sans se tordre. Je voudrais danser sans plus compter les pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me donne le droit d\u2019\u00e9lire les gens, celles et ceux qui auront l\u2019autorisation de passer la fronti\u00e8re. Il suffit parfois de quelques secondes, parfois, cela prend plusieurs mois, voire plusieurs ann\u00e9es. Je compose, sans en faire trop de secret, ma tribu mouvante. 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