Je laisse derrière moi la mue de celle-qui-a-été-l’-épouse-de-C, la mue de Férale, tout ce cycle des années sexpo : une peau visiblement trop vieille l’an dernier, et plus à ma taille cette année. Une peau dont les paillettes n’attireront plus les yeux, et que les miens doivent peut-être encore pleurer.
Je change de peau et mes yeux restent.
Je ne sais pas encore très bien ce que je donne à voir, mais je sais ce qui se déploie, en douceur et en profondeur. Joie et voix. Les deux sœurs jumelles, qui ont l’espace pour foyer.
Je suis devenue plus vaste, ou plus consciente que je le suis.
Plus généreuse, plus capable de donner de bon cœur. Et paradoxalement, ou sans doute logiquement, plus intériorisée ; partager moins pour partager mieux.
J’aime désormais passer du temps avec moi-même, et je suis très loin d’en être rassasiée.
Je me suis finalement autorisée à être musicienne et j’en reste encore un peu incrédule.
Je vais encore souvent plus vite que je ne le souhaite, mais la sécurité s’installe progressivement dans mon ventre.
Je trouve l’accès à une sensualité plus libre et innocente, en lieu et place de la performance. Timide. La vulnérabilité est grande, et l’agresseur à l’intérieur encore trop proche. Le fleurissement viendra.
Je deviens plus souple, processus parallèle de celui qui m’apprend à trouver mon centre même au milieu de la tempête.
J’ai vu en face l’intensité de mon impatience, et depuis je cultive la patience. Là, sous terre, je crois qu’elle pousse.