La préférée

Je ne vous l’avoue qu’avec peine
– Si j’avais honte en l’écrivant,
Ne parlons pas de le slammer !
C’est aussi un peu enivrant
D’imaginer que vous l’sachiez –
Je veux être votre préférée.

De quand date cette rengaine,
Est-ce du premier petit frère,
Ou du temps de l’école primaire ?
Malsaine compétitivité,
Aussi loin que vont mes repères
J’ai voulu être la préférée.

Je sais bien la place de mon père
De son absence, ce trou béant,
Dans mon drame par trop ordinaire.
Si j’métais sentie regardée
Aurais-je ce désir si brûlant
D’être dans vos cœurs, la préférée ?

Si j’avais eu son attention
Essayerais-je d’avoir la vôtre ?
D’y trouver une confirmation,
Une forme de supériorité
Mon estime dans les yeux des autres,
L’espoir fou d’être préférée ?

Parfois n’pas être la plus aimée
Ressemble à n’être rien du tout.
Je me souviens quand j’ai appris
Comment on pouvait être traitée
Lorsque nous arrive le malheur
De ne pas être la préférée.

On nous dit que tous les enfants
Doivent être aimés d’la même manière,
Pourtant Mémé préférait Pierre
Aucun risque d’égalité.
Moi j’avais pas perdu la guerre :
Des autres, j’serais la préférée !

Et bien souvent, si je m’attache,
Alors, ça ne va pas tarder.
J’suis pas toujours assez bravache
Pour candidement le demander ;
C’est important que tu le saches :
Je voudrais être ta préférée.

Je veux être votre préférée
Sans pour ça devoir jouer un rôle
Ou me forcer à être drôle.
Juste ma personnalité,
La force de l’authenticité,
Et que voilà, le tour soit joué !

Je rêve de trouver un mécène,
Que mes textes soient acclamés
D’être un mystère qu’on veut percer
L’objet de vos curiosités
Je veux le contraire de la haine
Je veux être votre préférée

Et pourquoi pas, même, votre Reine,
Par votre ferveur transportée,
Sans oublier, une bonne élève
Rougissant d’être récompensée,
Qui n’ayant plus rien à prouver
Jouirait d’être la préférée.

La tienne, la tienne, et puis la tienne !
Pas que je sois mégalomane
Mais vous savez être préférée
C’est presque comme une cabane
Sauf que sans devoir me cacher
Je m’y sens en sécurité.

Quand je me présente sur scène
Vous saurez maintenant décoder :
Dès que je m’apprête à trembler
C’est que j’veux être la préférée.
Et pas besoin de me mentir
– Mais laissez-moi l’imaginer.

2011-2019 : est / à intégré·r

Lécher un lobe d’oreille, inconsciente de ce qui agit.
Trouver normal de danser sans fatigue toute la nuit.

Je vois rien si j’ouvre les yeux !
J’ai l’impression d’être une partie d’un tout, d’un cocon chaud et protecteur.
Je ne sais plus à quel moment cela s’arrête, à quel moment l’harmonie est rompue.
On m’a expulsé dans le vaste monde et je sens à nouveau le poids de la solitude, de mon individualité, la distance avec les autres.
Je me demande si le monde a toujours été comme ça mais que je n’étais pas capable de m’en rendre compte.

Mais vous entendez toutes mes pensées !
Qu’est-ce que ce serait si je n’avais pas à me protéger…
Même trippée, j’ai peur qu’ils s’ennuient…
– Tu m’avais promis des licornes !
– Non, Alienne.
J’ai tout aimé de vous And death shall have no dominion

On a toute la nuit pour danser – on a toute la vie pour danser – on dansera ensemble toute la vie.
le monde en paix qui cesse enfin d’être menaçant
c’est l’enfer joyeux

Vouloir que ce soit bien non pour le moment présent mais pour le futur, c’est un problème.

La Sainte.
Ce que tu recherches c’est le contrôle des désirs.

Je me met à avoir très peur de l’intrusion, je ressens un besoin très fort d’avoir “mon territoire”. Intolérable aussi l’idée qu’ils puissent m’entendre moi, et d’une certaine manière “me voir”, me juger.
je lui demande de protéger mon sexe en mettant sa main dessus, de façon couvrante.
c’est trop compliqué
les règles sociales, elles peuvent entrer en contradiction avec mes besoins
Difficulté si grande à rester centrée sur moi, mon besoin. Et en même temps quand je retrouve ce besoin, il me semble extrêmement urgent et devoir passer avant TOUT le reste
si je me perds, comment me retrouver ?
si je ne me contrôle plus, qui me contrôlera ?
je suis vivante
“guéris, guéris”

se prendre un mur mental de plein fouet
panique de petit animal enfermé
on m’a privé d’une partie de ma vitalité

le Juge mis à jour
ou comment avoir une relation abusive avec soi-même

je ne sais pas profiter
je suis défectueuse
repérer les pensées qui ne servent pas mon bonheur, ou quoi que ce soit de fonctionnel,
prendre un virage volontaire
créer mes chemins

Ce n’est que ça ?
Si tout est continuité, je ne sais pas comment choisir de me placer dessus (extérieur-intérieur, moi-les autres, état de conscience normal-état de conscience modifié…). Tout me semble trop compliqué.
cette inquiétude ne faisait RIEN pour ma survie. Elle ne garantissait rien. Elle n’était pas active à autre chose que de s’auto-alimenter.
Est-ce que j’ai le droit d’exister ?
Il y a plein de choses dont je ne peux pas me protéger.
Je dois accepter mon impuissance pour pouvoir construire de la puissance à l’intérieur des limites de l’univers.
Tout ça est très désagréable. Mais je ne me laisse plus faire.
C’est compliqué de changer. C’est compliqué d’avoir dépensé autant d’énergie pour rien.

c’est moi le plus gros bébé ici.
“Quand je te demande si ça va, tu entends : est-ce que je peux t’abandonner ? ”
je ne me sens pas du tout légitime à demander ce que je veux et ce dont j’ai besoin, et j’ai encore plus honte de le faire devant d’autres que lui.
ça ne sert à rien de reprendre des drogues en ce moment, et il faut que j’arrête de croire que je vais y trouver une clé magique à mes problèmes. Les failles sont bien connues, circonscrites, il s’agit maintenant de les accepter pour de vrai.

Devenir Forêt. Augmentation plutôt que sortie de moi.

Ce qui circule en moi des pieds à la tête est un serpent, et l’énergie est noire.
Je me sens vide, sans élan, sans pulsion, et je le regarde qui a l’air de savoir profiter de l’expérience. Je ne mérite pas de vivre puisque je n’ai pas d’envie.
Je suis un bébé qui déteste les bébés.
ll m’a vu vieille et m’a aimée.

C’est mon univers, nous sommes un univers.
Aide-moi. Aide-moi à rester dans le mouvement.
La sensation d’être arrivée, dans ton amour, de vivre enfin ce que je recherchais tout ce temps.
Le moment de la fin est si déchirant. Je tente de retrouver la connexion, j’échoue, et là je m’écroule. C’est comme si j’avais à nouveau perdu le paradis, l’unité, l’extase. Je ne veux pas perdre. Pas perdre contre mon scénario, pas qu’il se répète encore, je pense que ce n’est pas possible, pas acceptable, que ce soit encore la même histoire (je n’ai pas conscience qu’il se répète parce que je le porte avec moi, que c’est mon regard, mes pensées, mes émotions, qui causent la répétition).
Je sais pas quoi vous dire, à part est-ce que vous avez des mouchoirs pour que je pleure la douleur d’être seule dans ce monde ?
Je dois, encore, devenir adulte de force, dans la souffrance.
L’art comme simulacre de mon besoin de consolation impossible à rassasier.
L’art comme fondamentalement voyeur, comme une tentative d’absorber des expériences de vie. Manger nos propres expériences perdues.
J’ai envie que ma vie continue, de trouver du plaisir avec d’autres, de me sentir indépendante.
I am the Worst Baby, le bébé de la question existentielle

Je suis ma chance ouverte et mon encerclement.
fuck it, ici, je fais ce que je veux
Personne ne m’aimera comme je m’aime. Personne n’aura ce rapport à ce corps.
j’ai des yeux incroyables
j’aurais pu me perdre dedans
gender is meaningless
je vois tout, le masculin, le féminin, tout dépend de là où je porte mon attention, de comment j’exerce mon regard
pas de réponse plus vraie qu’une autre
multiplicité non figée.
La résolution d’en prendre soin, à partir de maintenant, même quand la frustration sera forte.

Il me propose une histoire :
ce n’est pas que je ne sais pas profiter, c’est que je ne sais pas où aller. C’est que je suis submergée par toutes ces stimulations.
Ielles cherchent tou·te·s un moment de connexion. Nous, nous le vivons.

Ces affiches sont familières, c’est un peu comme si elles étaient moi.
Ma conscience se scinde en trois, comme un cristal qui se brise, sans qu’aucune des trois parties équivalent à un “moi”.
Je n’ai pas peur de me perdre, je laisse les choses se faire. J’essaie de ne pas repousser les émotions qui viennent à moi.
Si j’ai été colonisée par les araignées violettes, c’est ok.
Là je me vis plutôt comme un territoire.

Mouvement du bassin comme pour repousser ce qui angoisse.
Expérimentation avec une petite araignée : quand je vais vers elle, je vois que c’est elle qui a peur, qui cherche à m’échapper.
Ce n’est pas que j’aurais peut-être envie d’un enfant, c’est que j’ai désormais envie d’un enfant, et que je ne sais pas si ça arrivera un jour.

Il y a une petite partie de mon cerveau qui n’est pas à moi. Je suis, du moins, me sens, percée. C’est la lutte intérieure : certain·es trouvent ça essentiel, d’autres savent que cette croyance me fait du mal. Il est trop tôt pour y renoncer.

il est complètement absurde que nous menions le type de vies qu’on mène, nous, l’humanité, quand on peut ressentir ça.
Je me sens limitée dans ma capacité d’expression, j’ai envie de bouger, mon bassin surtout, mais je n’ose pas, je ressens un empêchement, une gêne, une inquiétude, un sentiment de forte responsabilité par rapport à la situation et de frustration – l’idée que si je ne suis pas en vigilance, alors personne d’autre ne le sera.
La constatation de reproduire des dynamiques systémiques oppressives à l’échelle individuelle, et de me sentir enfermée dedans au présent. Pour vivre / agir, il faut forcément que je prenne le risque d’être abusive ; je trouve ça affreux, insupportable.
Il n’y a aucune menace immédiate.
L’identité comme étant de l’attachement et de la loyauté envers nos souffrances.
Vivre ou mourir. Vivre ou mourir.
Mon féminisme me fait du mal.
Je veux avoir le droit de vivre une vie qui autorise la prise de risque.
C’est normal que les gens ne soient pas capables de reconnaître leurs échecs, torts, abus, vu comme ils sont traités quand ils le font.
J’ai besoin de savoir que si je fais un usage de mon pouvoir qui lui fait du mal, elle saura me le dire et ne pas le traiter comme quelque chose d’impardonnable.

Janvier 2019

Je me donne le droit d’élire les gens, celles et ceux qui auront l’autorisation de passer la frontière. Il suffit parfois de quelques secondes, parfois, cela prend plusieurs mois, voire plusieurs années. Je compose, sans en faire trop de secret, ma tribu mouvante. J’ai rarement de difficultés quand il s’agit de choisir les gens : qui inviter à tel événement, avec qui passer du temps. J’ai reconnu les miens, bien qu’ielles ne le sachent pas toujours.

Je me demande à quel point j’ai l’air d’une personne différente, d’un côté ou de l’autre de la frontière. En tout cas, le point commun certain entre ce qui est perçu de l’intérieur et de l’extérieur, c’est que je suis courageuse. C’est vrai. Je ne crois pas avoir eu le choix. Et pourtant, si vous saviez comme j’ai peur. Évidemment. Sinon, je n’aurais pas besoin de la frontière.
Si j’ai aussi peur, c’est parce que c’est l’émotion qu’on a le plus tenté de discréditer chez moi, celle dont on m’a dit que j’étais bête de la ressentir, que c’était inutile. Celle qu’on a voulu m’interdire, et quand j’écris on, je veux dire ma mère. Si vous n’aviez pas encore compris : en ce qui concerne les émotions, interdire n’est pas une stratégie valable. Interdire. N’est pas. Une stratégie. Valable. Je fais des cauchemars fréquents et plus ou moins violents depuis l’enfance. J’essaie d’apprendre à me dépatouiller avec cette peur qui prend tant de place, d’en grapiller un peu pour moi. C’est lent et long. Les ramifications sont profondes, enchevêtrements de mes dysfonctionnements qui pourraient paraître inextricables. Ne m’abandonne pas. Ne joue pas contre moi. J’aurais peur aussi longtemps que je resterais dans la demande, la supplique.

J’ai vingt-six ans et je n’ai pas fini d’apprendre à exister par moi-même. Peut-être aussi simplement à accepter d’exister. À accepter d’être moi. Ce qui voudrait sans doute dire aussi accepter mes envies de fuite, de mort – qui sont cependant très différentes aujourd’hui de mes idées suicidaires d’adolescente en décalage et déjà trop traumatisée par sa famille. Aujourd’hui, je sais la notion du temps, je sais que le désespoir ne s’installe jamais complètement – ou au moins jamais pour moi. Je sais que ma bague à l’annulaire est là pour me rappeler ma promesse à moi-même de rester en vie et d’explorer avec curiosité ce que je peux en faire, de cette expérience si bizarre et si complexe, maintenant que moi, je l’ai choisie. Choisie, oui. Je crois à ma capacité à faire des choix. Je crois avoir une part de libre-arbitre. Je crois qu’il serait pas mal que je tente un peu plus souvent de prendre la décision consciente de faire confiance, ce saut dans le vide, a leap of faith. (J’aimais déjà cette expression, depuis le dernier Spider-Man, elle a pris une coloration supplémentaire).

L’idée que je contrôle quelque chose me rassure. En fait, on pourrait tout aussi bien dire qu’elle me panique : si je n’avais pas cet espoir de contrôle en premier lieu, je ne serais pas si angoissée à l’idée de le perdre. Je contrôle. Qui peut passer la frontière. Qui est dehors. Qui est dedans. Je tisse la toile de mon petit monde. Je l’entretiens. J’organise des événement, des rencontres. J’aspire à densifier ma toile plutôt qu’à l’étendre. Je n’aime pas les imprévus. Je n’aime pas les changements. Pourtant, je ne sais pas faire autrement qu’être en mouvement et qu’aimer les gens qui le sont. Je ne sais pas me reposer, créer une pause, une suspension volontaire du mouvement.
C’est là que ça se cogne, mon besoin de structure, de fiabilité, rendu quasi rigide par la peur, et les besoins de flexibilité de mon souple réseau polyamoureux – et de l’existence elle-même. Le réseau est rhizomatique, il s’étend depuis des extrémités parfois inattendues. Je ne peux pas toujours exiger : toi dedans, toi dehors. Il y a des personnes non accréditées qui frôlent la frontière. Qui se retrouvent dépositaires de parcelles de mon intimité, par le jeu des mélanges.

Mon rêve impossible : vivre dans une grande communauté anarcho-féministe dont j’aurais choisi chaque personne. Je ne me suis pas encore remise d’avoir et d’avoir eu, une, des famille·s. Je cherche à apprendre la souplesse qui permet de se lier sans se tordre. Je voudrais danser sans plus compter les pas.

L’île à l’amer

Je m’en vais vomir tout c’que j’ai,
Oui, me vider jusqu’à la bile,
Celle que tu n’te fais pas, Lille.
Est-ce depuis qu’t’es devenu vegan
Que tu refuses de voir le laid ?

Je suis peut-être plus ton amie, mais toi c’est sûr, t’es d’ma famille,
Je sais vous r’connaître entre mille, il n’y a qu’vous que j’ai tant haï.
T’as d’la chance que j’sois pas Arya, j’t’aurais ajouté sur ma liste ;
Je suis plutôt Da-haine-Eris,
Et le dragon de la discorde n’est pas près de perdre ta piste :
Chaque fois que je parle de toi, surgit l’envie de tout crâmer.
Si vraiment tu voulais la paix, fallait peut-être te décentrer,
Tu sais, t’étais un second rôle, t’avais pas à prendre le premier
Et c’est gênant qu’autour de toi cette histoire tu l’aies fait tourner.
Tu crois que je surjoue ma haine ? Mon vieux c’est le genre qui veut ça,
Mais quand elle coule dans mes veines, tu l’sentirais, t’aurais les foies.

Est-ce à vivre que tu apprends, ou comme tu le dis, à mourir ?
J’crois qu’c’est plutôt l’évitement que tu perfectionnes pour le pire.
Bonne chance avec tes utopies, ça doit être dur de construire
sans savoir faire face aux conflits. T’as trouvé comment t’en sortir,
Tu t’spécialises dans le jetable pour pouvoir t’enfuir à l’envie.
C’est pas comme le lierre et la vigne, ça dure plus qu’une journée la vie,
On n’existe pas qu’au printemps, faut supporter l’hiver aussi.
Moi mes utopies sont intimes,
Mais de ton côté, final’ment, ça me semble juste du marketing

Tu ressembles de moins en moins à un révolutionnaire
et de plus en plus à un entrepreneur.
Tes îles ont des airs de start-up.
Attirer les investisseurs
pour un démarrage d’enfer,
Le love bombing ça tu sais faire,
mais tu tiens pas sur la longueur.
Est-ce que tu tiens par contre le compte
des promesses que t’as pas tenues,
De tes élans interrompus,
Des lettres restées aussi mortes
que ton discours sur la tribu ?

« Causez le moins d’souffrance possible »
C’est pour moi devn’u inaudible.
Dans les histoires que tu racontes
La souffrance que tu as causée
Semble une absente que n’affronte
Pas ce mantra ressuscité.
C’est toi qui a besoin d’l’entendre
Et pas l’univers en entier.
Tu ferais mieux de la fermer
Au lieu de sans cesse jouer le tendre
Car ta douceur sert à masquer
Ta violence, ta peur et ta honte.
Tu me diras que c’est ok
Car tu n’prétends pas être « safe »
Mais tu sais, dire : « je suis dang(e)reux »
Quand tu fais tout pour pas l’paraître,
Ça ne t’évite pas de l’être
– beaucoup sont marqué·e·s de ton feu.
Tu veux jouer au « bon agresseur » ?
C’est aussi malsain que risqué
et si j’évalue tes progrès
je n’te trouve pas à la hauteur : 
nous ne fêt’rons pas ton succès.
Si je décris ce que je vois,
C’est une personne inconséquente,
Responsable affectivement
Autant qu’en emporte le vent.
Sache que quand j’vois comment tu gères  
je note chacune de tes actions
sur la liste des choses à pas faire.
Tu veux agir comme un bourreau
mais être traité en victime
car c’est ainsi que tu t’estimes ;
On dirait bien que dramaking
est un rôle qui t’colle à la peau
– Ou ptet roi des doubles standards,
J’avoue que là, je sais plus trop.

Tu n’me trouves pas compréhensive ?
Haha, pardon, tu t’es r’gardé !?
J’ai l’impression d’plus en plus vive
qu’tu parles d’honnêt’té radicale tout en évitant tes reflets,
et qui est un trop noir miroir tu préfères t’en détacher.
Tu crois avoir fini Saturne ? Tu ferais bien d’recommencer.
Il y a quelques menus détails qu’il me semble pas qu’taies intégrés.
Tes monstres c’est toi qui les crées via ta vision du monde pétée,
Quand tu cess’ras de craindre ton ombre, peut-être qu’on pourra en r’parler.
Ne redoute pas c’que fera Oz,
Vois-tu, son mal est déjà fait.
Moi j’ai plus peur d’être La Méchante™, de toute façon j’ai pas le choix
T’as choisi l’camp de ton schéma, je serai donc celle qui te hante.
Pourrais-je un jour te remercier d’m’avoir donné l’rôle de ma vie ?
Vraiment, tu m’as ouvert les yeux, j’en ai endossé les habits,
Puisque je suis impardonnable, qu’mes efforts n’ont servi à rien,
J’ai plus qu’à m’en laver les mains : tu es mon origin story.

Ça y est c’est fait, j’ai tout vomi !

Début novembre 2019

Je me suis trompée, je n’ai pas tant progressé et je ne suis pas si forte. Je ne gère pas bien mes triggers non plus en cas d’événements trop difficiles à accepter. Ces jours-ci, je n’ai même plus envie d’essayer de le faire. Ok, je ne suis pas meilleure que les autres. Moi aussi je m’effondre quand c’est dur. Moi aussi je ne veux plus que penser à moi et à ma souffrance. Il y a une partie de moi qui prend beaucoup de place, et qui veut juste encourager la destruction générale, puisque c’est ce à quoi il me semble assister. Y participer tant qu’à faire, pas juste regarder les choses pourrir. Je suis furieuse. Je suis haineuse. J’ai envie de voir souffrir des personnes que j’aime. De lancer des mauvais sorts. Je suis fatiguée d’essayer d’être une bonne personne, de faire le travail imaginatif de me mettre à la place des autres y compris quand ce n’est pas réciproque, fatiguée de tous les efforts que ça me demande et d’avoir l’impression que ce n’est jamais assez, que quand il me semble avoir fait un progrès majeur, il y a toujours quelque chose de nouveau que je ne suis pas capable de gérer qui surgit dans ma vie. I will never be good enough. And now I wish both for blood and peace.

Début juin 2019

Mai, le mois des lilas et des coquelicots, est celui que je préfère depuis l’enfance. Je peux donc facilement donner du sens à ce qu’il ait été, cette fois-ci, le mois du fleurissement accompli, terminé par une redistribution des cartes, dans un mélange de tristesse et de soulagement. J’ai coupé une des têtes de mon hydre, avec une violence libératrice. C’était douloureux de renoncer à mon fantasme le plus cher – en échange, grâce à L., j’ai gagné une plus juste formulation de mon besoin. J’ai bien conscience pourtant que le plus compliqué n’est pas de trancher, mais de m’assurer que la tête ne repousse pas. Comment cautériser la plaie, comment éviter de retomber à nouveau dans le piège du confort-inconfortable qui aurait pris un autre visage ? J’ai encore en moi l’espoir de la linéarité et de la stabilité de la guérison. Je voudrais en avoir terminé avec ce genre d’illusions. Moi qui me targue de lucidité, je suis sidérée quand je constate ce qu’elle échoue parfois à éclairer. Ces moments-là sont ce qui permet à mon œuvre de Saturne d’avancer. J’ai le sentiment d’en être à la dernière étape. L’obscur sur mon bras a trouvé sa forme, peut-être pas finale, mais une qui me satisfait. Je me suis, pour la première fois, aimée dans toutes mes dimensions de médiocre et de sublime, et comme jamais personne ne pourra m’aimer. Je suis ma chance ouverte et mon encerclement. J’ai découvert comme l’amour de soi pouvait être profond et puissant. Soleil et moi avons désormais tou·te·s deux la Joie au coeur. Je suis la prêtresse-tisseuse qui continue son souple ouvrage, avec ardeur et légèreté, enivrée d’une odeur nouvelle.

amour adolescent

Tu es arrivé dans ma vie le premier mois de ma liberté nouvelle. J’avais seize ans, je rentrais en hypokhâgne, ce mot pompeux destiné à nous façonner dans l’idée de la supériorité intellectuelle censée être la nôtre, et tu étais dans ma classe. Dans le tourbillon de nouveautés des premiers jours, je t’avais vu sans te regarder. Le premier souvenir précis que j’ai, c’est celui de la queue à Gibert-Joseph : j’étais allée feuilleter le nouveau roman d’Amélie Nothomb que j’avais presque intégralement lu sur place, et sans doute acheté des bouquins pour nos cours de français ou encore un dictionnaire anglais-anglais. Je ne sais plus ce qu’on s’est dit, mais c’était le premier moment d’intérêt tacite entre nous. C’est peut-être cette fois-là que je t’avais dit qu’ ”on ne perd jamais de temps”, ce que tu avais intégré à la chanson écrite pour moi, avec mon prénom comme titre (tu dis qu’on ne perd jamais de temps, mais moi, loin de toi, j’en perds tout le temps…). T’étais brun, grand et très mince, le mot dégingandé aurait pu être créé pour toi. C’est marrant, parce que je sais que t’avais les cheveux très courts à l’époque, mais malgré les photos, j’ai bien du mal à te représenter dans ma tête autrement qu’avec les cheveux longs. Habillé un peu n’importe comment, ça n’a pas changé, comme si on te voyait toujours au saut du lit. Une nonchalance de chien fou, brusque et élastique à la fois, lévrier croisé avec un chien des rues.

En repensant à tout ça, je sens mon coeur qui se serre et se remplit à la fois et c’est même pas triste, je me dis, alors que j’ai peut-être aussi un peu des larmes dans les yeux.

Ensuite il s’est passé plein de choses en très peu de temps, mais là où j’ai commencé à retenir mon souffle et entendre mon coeur battre un peu trop fort, c’était sur le quai de la gare de Dijon. Une semaine et demie après la rentrée, il était temps de rentrer au bercail pour le week-end. On était arrivé en groupe à la gare, avec d’autres gens de la classe, et, toutes et tous, avaient leurs trains avant les nôtres. Ces petits hasards de timing qui accélèrent le cours des choses. J’étais contente de me retrouver avec toi, un peu intimidée, aussi.  Tu m’avais proposé de faire un quart de singe (ça faisait partie d’un jeu plus compliqué que tu avais inventé), et le mot qu’on avait composé ensemble, c’était “charmante”. J’y ai vu plus qu’un hasard, comme si c’était toi qui nous avais dirigé là, alors que j’étais celle qui avait choisi la lettre de départ. J’étais embarrassée, mais pas seulement, ça s’accompagnait d’une pointe de…d’exaltation, d’excitation ? Je ne sais pas trop. Mon train arrivait avant le tien, c’était le moment de se dire au revoir. J’ai voulu te tirer les joues, comme je le faisais avec tout le monde à l’époque, tu a pris ma main et l’a embrassée. On s’est regardés, je suis montée dans le train. Quel émoi, j’ai bien dû y penser tout le trajet, retourner le geste, l’image, le regard dans ma tête, tenter d’analyser ce qui était en fait d’une franche simplicité. “Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?”.

Les deux semaines suivantes, le rapprochement a continué, corps à corps, ma première fois, tes histoires de lycée, The Raven de Poe que tu aimais réciter, la dissertation burlesque que tu m’avais écrite pour mon anniversaire. Je t’aime, tu l’as dit très vite, tu l’as dit avant moi, et pendant deux semaines, je me suis dit que tu étais plus engagé, plus à fond que moi. Je ne pouvais pas encore réciproquer, j’étais de plus en plus charmée mais je me sentais encore en contrôle, d’une certaine façon.

Le soir où ça a basculé, c’était un dimanche, je crois, j’étais arrivée avant toi à Dijon. Je suis allée t’attendre devant chez toi. Tu habitais dans un immeuble, au bout d’un couloir, et il y avait une fenêtre qui donnait sur le toit. J’étais assise dans l’encadrement de cette fenêtre, le regard rivé sur la lune, aucun bruit autour, et j’ai senti l’amour enfler en moi, comme une vague qui grandit jusqu’à la crête, et qui a déferlé quand tu es arrivé. Là j’ai perdu pied, j’ai cessé de contrôler quoi que ce soit, et j’ai commencé à te dire Je t’aime.

sans titre – novembre 2016

Vaines tentatives mentales pour démêler.
je m’accroche désespérément à ce concept de vérité
celle que tu ne m’aurais pas donné.
Puis, quand tu es en face de moi :
est-ce que toi, c’est seulement ça ? Je vois crûment
ce qui m’attire toujours : le corps
-et encore…
mon regard durci,
tes défauts me sautent au visage comme pour sonner la fin de l’illusion
épaule tombante
aurais-tu pris
un peu de poids ?
Juge froide,
je te regarde faire le show
je connais trop tes ficelles pour que le charme opère
je souhaiterais presque que tu te prennes les pieds dedans
pour qu’elles deviennent visibles.
Je détourne les yeux face à tes blagues navrantes
place au mépris
si je ne t’admire plus, c’est bel et bien fini ?
Pourtant reste comme une habitude
d’appartenance
de surveillance
ce désir déplacé de savoir
c’que t’as fait hier soir
où, comment et avec qui
entendre parler de ce stage de fresques de ces vacances de ce Noël où
j’aurais dû, pu
être là
l’étrange amertume d’avoir perdu une place que je ne voulais plus
nous sommes encore dans le temps où nous nous étions projetés ensemble
un peu de patience
j’arriverai bientôt au temps vierge de toi

 

Je ne veux pas de tes excuses
qui ne m’apaisent ni me consolent.
C’est facile de dire je suis désolé·e.
Ça ne coûte rien et ça fait bien,
ensuite, on passe à autre chose.
La liberté de ne pas s’apesantir est un privilège.

Je suis en rage devant les mots vides d’un rituel mort.
Qu’on cesse de me dire que ça devrait suffire.

Derrière l’acte de politesse,
la formule sociale attendue,
les excuses n’ont rien d’innocent.
C’est un jeu de position, avec des coups stratégiques.
Qui peut les exiger, qui peut les offrir sans que ça lui coûte ?
Qui domine et qui se soumet ? Pas de lecture unique.
S’excuser peut vouloir dire être en position de force.
Ne jamais avoir à faire attention,
tant qu’on est capable de dire pardon.
S’excuser comme passe-droit : je ne sais pas qui réfléchit à ça.

Je me méfie des excuses.
On a trop essayé de m’y contraindre
à en faire, ou à en recevoir qui sonnaient creux.
Trop voulu que je ploie ou que je passe l’éponge.
Je commence à renoncer à celles que je croyais encore attendre.
Peut-être que l’absence d’excuses est préférable à des excuses que je ne pourrais pas accepter.

Parfois j’ai besoin des mots simples,
d’une pure reconnaissance du tort,
du mal causé.
Parfois ça me suffit,
pour commencer.
Quand ça dépasse les bornes,
quand un·e adulte insulte un·e enfant,
quand je ne pourrais pas continuer de relation sans.
L’excuse comme unité minimale sur laquelle reconstruire.

Mais la plupart du temps, non,
je ne veux pas de tes excuses.
Pas sans voir, qui les accompagne,
une forme de souffrance partagée.
Pas sans que je sente que tu ne te contentes pas de le penser,
mais que tu le ressens,
Pas sans que tu vois comment
ça aurait pu être toi à ma place, moi à la tienne,
ou n’importe qui d’autre.
Pas sans un effort d’imagination,
pas sans que tu partages au moins une parcelle
de mon inconfort, de mon déplaisir, de ma peine ou de ma détresse.
Pas sans une compassion palpable.
C’est ma condition pour y croire.
C’est mon idée de la sincérité.
Sans ça, peu m’importe que tu sois désolé·e,
le processus de réparation ne pourra pas commencer.

2018, décembre

Je sais les changements de l’année passée, et pourtant je suis capable de les oublier vite. Ils deviennent invisibles devant le découragement. J’ai régulièrement l’impression de stagner, de buter encore et encore sur les mêmes obstacles. C’est pas linéaire tout ça. Hier on m’a dit que satisfaisant pouvait vouloir dire parfait, ou assez. J’aimerais qu’être assez soit assez pour moi. J’aimerais être satisfaite de qui je suis dans les moments difficiles aussi.