Je trouverai ton eau, c’est un serment muet,
je sais bien qu’il existe ce ruisseau fluet.
L’entrée n’est pas scellée, simplement inconnue,
je saurai explorer si tu te mets à nu !
Créature marine, deviendrai-je pour t’atteindre,
tu apprendras bientôt à écouter sans craindre
tous les mots que te souffle en surface ta peau
ainsi que des abysses de ton bassin l’écho,
les profondeurs passives de ton désir ondin
qui te fera gémir à la pensée qu’enfin
je te pénètre.

Mon feu s’allume avec le jeu
avec la malice dans nos yeux
quand tu feins d’hésiter vouloir
mais que ton air jubilatoire
trahit ton désir silencieux
quand nos corps brûlent de recevoir
autant qu’ils brûlent de donner
quand je veux mordre et embrasser
quand tu veux tordre et cajoler
Mon feu s’embrase avec l’enjeu,
la lutte : qui sera victorieux ?
Mais nos désirs équilibristes
souhaitent qu’aucun ne l’emporte
afin de ne jamais prendre le risque
que le feu devienne lettre morte
Viens, brouillons nos identités
comme brouillon d’un nouveau monde
qu’il nous appartient d’inventer
et nos amours vagabondes
ne trouveront pas à se lasser.
Nous ne perdrons jamais le feu
s’il est facile à raviver
En se perdant se déployer
en se cachant se retrouver
je te donnerai de nouveaux noms
de nouvelles manières d’exister
le possible à portée de main
prend donc la mienne et allons jouer
Choisis ton costume de demain
ce dont tu as toujours rêvé
ou auquel tu viens de songer
et je saurais improviser.
L’impossible je le défie
et mon feu sera infini
(comme semble toujours l’être la nuit
quand il est tout juste Minuit).

Mon feu se nourrit de mon eau
il est humide, donc il brûle mal,
il me balbutie des flammèches
qui ont moins d’attrait que les flammes.
Comme il peine à se faire entendre
bien souvent il se change en braise
et il fait semblant d’être calme
seulement pour masquer la fournaise
qui a pris logis dans mon âme.

Ne me donne pas de terre
je n’veux pas m’enraciner
à tes côtés

Ne me donne pas de terre
je ne saurais quoi en faire
ni comment m’en dépêtrer

Ne me donne pas de terre
pas de fausse stabilité
l’illusion d’être arrivée
que tes tremblements de terre
finiraient par dévoiler
me laissant comme un fruit vert
rêvant sa maturité

Ne me donne pas de terre
je suis bien trop occupée
à chercher

Celle de mon corps vivant
Celle qui pulse à chaque instant
quand je suis ce que je sens

La promesse à mon doigt,
la seule qui sera ma loi
c’est à moi que je suis fidèle

Mon existence,
c’est à moi d’en porter le poids
Acte de foi,
je me fais confiance

île volante,
terre mobile
je serais mon propre foyer
l’endroit où toujours retourner
ma terre d’accueil.

Je me sens air-feu aujourd’hui,
je crois que ton feu m’a nourrie
Le souffle brûlant dont tu joues
ravive le brasier qu’est mon cou
pimenté de tes belles morsures.
Comme elles me donnent fière allure !
Ta voix feutrée dans mon oreille,
ah, que je feule sans pareil
quand de mon subspace je m’éveille
je rêvais d’un collier de feu
qu’on ne m’aurait donné bien sûr
qu’après une lancinante torture
qui aurait duré très longtemps
faite de fessées de griffures
et autres dangereuses fioritures
qui me rappelleront mon tourment
quand, loin, ton feu est mon absent.

Laisse-moi te donner
De mon feu follet
Fol et vagabond
Comme mes baisers
Qui dans ton cou font des bonds
Laisse-moi te donner du feu
Du feu qui enfle et qui palpite
Du feu qui accélère le rythme
D’un pauvre coeur ou d’une bite
Qui ne sait plus bien où elle est
Laisse-moi te donner du feu
Celui qui croît tard dans la nuit
Jusqu’à ce que l’aurore l’ait réduit
En cendres,
Jusqu’à la prochaine nuit
Laisse-moi te donner du feu
Celui de la braise de mes yeux
Celui pour qui tu soupires d’aise
Viens voir mon côté audacieux
Laisse-moi te donner du feu,
Celui qui nous monte à la tête
Plonge dans une confusion muette
Et laisse de côté l’intellect
Pour éclairer nos corps radieux
Laisse-moi te donner du feu
De mon feu qui mène à la transe,
Mon feu pour attiser le tien
Du feu du feu qui crée le lien
dans une danse orangée
incantation silencieuse
sur mon corps brûlant dessinée
Laisse-moi te donner du feu
Mon feu comme un secret honteux
Mon feu souvent gardé en cage
Laisse-toi voir mon côté sauvage
Que tu n’as aperçu qu’un peu
Mais dont tu soupçonnes davantage
Quand c’est te mordre que je veux
Quand c’est me battre mon enjeu
Savoir qui aura l’avantage
Laisse-moi te donner du feu
Du feu qui réchauffe ou qui brûle
Du feu pour sécher ton chagrin
Rayon d’soleil ou canicule
Un feu qui jamais ne s’éteint.

L’intensité de mes flammes n’est pas une promesse
Si, quand je donne du feu, je suis toujours sincère,
Prend garde, au sabbat des sorcières,
À ne pas te brûler les fesses.

Je ne sais pas donner de l’eau
Viens donc la prendre
L’eau de ma bouche ouverte
L’eau de mon sexe humide de tes mots
Je ne sais pas donner de l’eau
Seulement devenir-eau
toute entière
Bain bouillonnant, sans frontières,
je me liquéfie sous tes doigts
En moi tu n’auras jamais froid,
je ne suis pas une eau qui dort
Rien ne saurait me retenir quand je déborde
pas même des cordes
Je deviens alors fontaine
et je sais donner de l’eau.

Laisse-moi te donner de l’air
Brise ou tempête, ce que tu souhaites
Je sais être si calme, jusqu’à paraître
Disparaître
Laisse-moi te donner de l’air
Joueuse, je virevolte
t’échappe quand tu crois me saisir
Quand tu m’oublies tu me respires
Mon odeur pas si volatile
Incrustée dans tes narines
Au jeu du chat et de la souris, je serais l’oiseau
Curiosité infinie
et possession éphémère
Laisse moi te donner de l’air
Pour alimenter, perpétuel,
Le mouvement du désir.