Mon feu s’allume avec le jeu
avec la malice dans nos yeux
quand tu feins d’hésiter vouloir
mais que ton air jubilatoire
trahit ton désir silencieux
quand nos corps brûlent de recevoir
autant qu’ils brûlent de donner
quand je veux mordre et embrasser
quand tu veux tordre et cajoler
Mon feu s’embrase avec l’enjeu,
la lutte : qui sera victorieux ?
Mais nos désirs équilibristes
souhaitent qu’aucun ne l’emporte
afin de ne jamais prendre le risque
que le feu devienne lettre morte
Viens, brouillons nos identités
comme brouillon d’un nouveau monde
qu’il nous appartient d’inventer
et nos amours vagabondes
ne trouveront pas à se lasser.
Nous ne perdrons jamais le feu
s’il est facile à raviver
En se perdant se déployer
en se cachant se retrouver
je te donnerai de nouveaux noms
de nouvelles manières d’exister
le possible à portée de main
prend donc la mienne et allons jouer
Choisis ton costume de demain
ce dont tu as toujours rêvé
ou auquel tu viens de songer
et je saurais improviser.
L’impossible je le défie
et mon feu sera infini
(comme semble toujours l’être la nuit
quand il est tout juste Minuit).

Serpent

J’accepte le serpent que tu m’as empêchée d’être
Je remonte le temps, ça va être ta fête,
tu m’as voulue méchante, bien, laisse-moi te prouver
à quel point tu dis vrai, je vais me dé-chaîner

Oui je suis le serpent élevé en ton sein,
celle qui mord la bonne âme qui lui tendait la main.
Tu n’as pas su trier de l’ivraie, le bon grain
mais tu m’as tout appris, c’était pas très malin
la douceur des filles sages, je sais n’est bonne à rien
désormais, agressée, je répand mon venin
pour te paralyser, toi et les tiens !

T’as plus le monopole de l’agressivité.
Ce que tu craignais tant, le voilà arrivé.
Imagine qu’enserrée tu es devenue ma proie
sens-tu, toi aussi, la crainte de faire un faux pas ?
Je m’en vais t’étouffer comme tu l’as fait avec moi.
Pas de privilégié au royaume des couleuvres,
je me la coule douce et t’es que le hors d’oeuvre.
Avant de t’avaler, tête la première
laisse-moi te rassurer : je boufferai aussi mon père.
Toi qui avais la preuve que je ne t’avais jamais aimée
sache que t’as pas bon goût et que t’es longue à digérer.

Ce n’est que post-mortem que j’me risque aux remerciements,
j’aurais crains que tu le prennes comme un assentiment,
alors que pour ta tombe, c’est surtout du ciment !

J’ai essayé d’être parfaite, pendant dix ans, pour t’donner tort
ne jamais être menaçante, montrer que c’est pas moi le plus fort.
J’avais peur de faire mal maintenant je sais que je le peux
mais je choisis de n’pas le faire parce que je crois que c’est le mieux
T’as posé des fondations douteuses pour mon éthique
aujourd’hui libre de toi, je les accepte pour ce qu’elles sont
je leur laisse les obligations, ne choisis que la dynamique.

Dorénavant je prendrais soin des gens
tout en m’autorisant
la possibilité du devenir-serpent !

Les enfants de septembre

Nous sommes les enfants de septembre
qui contestent la fin de l’été
continuons à nous amuser
nous n’avons pas de comptes à rendre
l’automne n’a rien à nous apprendre
il n’y aura pas de rentrée
refusons d’en être l’antichambre
pour nous ni cartables ni dictées !
Au bureau pas pieds et poings liés
le monde est notre cour de récré
personne pour interdire l’accès
comptons nos membres :
tou·te·s ont la clef !
Une clef qui est dans la tête
et ouvre sur tous les jours de fête
où il nous plaira d’aller jouer.
Dans une cabane de couette
à nous les batailles d’oreiller !
en riposte même novembre
ne saurait sonner la défaite
car nous portons en nous l’été.

Aux étoiles qui s’ignorent

J’ai essayé d’écrire à la deuxième personne du singulier.
Devinez quoi ? C’était raté.
Petit rappel de mon sujet ? Ah, oui : assumer.

Par peur d’affronter le monde je me suis longtemps planquée
terrifiée à la simple idée de me tenir sur mes deux pieds
je ne me savais pas étoile, je me croyais plutôt poussière
et j’me suis cherchée un soleil pour me nourrir de sa lumière.
J’espérais que par ricochet, moi j’profiterais des rayons
à défaut de briller soi-même, y a la magie d’la réfraction
je pouvais me faire transparente : parfait milieu d’propagation,
le plan optimal pour grandir sous protection

Jusqu’à aviser un résultat à des années-lumières.
L’hiver venu j’me suis retrouvée dans son ombre,
ma cachette confortable dev’nue une prison sombre.
Quand un soleil se révèle lampadaire,
parent-ogre plutôt que mère nourricière,
on en voit plus clairement les effets délétères
bénéfices éphémères, manque de vitamine D,
un bien-être précaire, une estime lézardée
un bouclier qui contraint plus qu’il ne protège
bouclée, liée, j’avais été mauvaise stratège.
Attraction du néon
pour insectes éblouis
élisant comme des cons
une lumière qui leur nuit.
Je ne me suis pas cramée les ailes :
je ne savais pas encore voler.
J’ai tant lutté pour retrouver mon orbite,
refuser l’attraction qui dans ma chair était inscrite,
les soleils-imposteurs n’aiment pas trop qu’on les quitte,
je n’aimais pas trop me sentir écrasée : on est quitte.

Il a m’a fallu faire du chemin
pas tout à fait dans le noir mais
sous le clair-obscur des espaces de passages
accepter qu’on ne me tienne plus la main,
apprendre à demander,
apprendre à reconnaître ce que je voulais
y compris être citée, reconnue, regardée.

J’ai conspué chez les autres, ce besoin de reconnaissance
qui était là dans mon ventre sans pouvoir prendre naissance.
Il est temps de faire face à la boite noire, ma part d’ombre rejetée :
on ne change que ce qu’on a commencé par accepter.

Le droit d’exister, ça ne se demande pas,
personne d’autre que moi pour m’ouvrir la voie,
je suis mon centre de gravité,
j’émet ma propre lumière,
il y a de quoi être fière,
je peux marcher sans tomber.

Les étoiles brillent dans les yeux de celleux qui les regardent
alors j’accepte d’être regardée, me voilà, monde, prend garde.

Complainte des enfants perdus

On aurait pu faire de grandes choses ensemble
au lieu de nous consoler d’être
mais pour faire de grandes choses il faut de grandes personnes
personnes que nous ne serons jamais
nous ne serons jamais personne
car personne n’a voulu de nous

Enfants apeurés
idée de révolte adolescente abandonnée
grandir n’est pas une option
on fuit la confrontation
on préfère s’oublier
dans la douce danse de nos histoires préférées
viens, on dirait qu’on échappe à la tyrannie de la réalité
qu’on serait dans un endroit où tout ce qu’on créé devient vrai
notre pays imaginaire
n’est-ce pas mieux qu’un père et une mère
notre terre d’accueil un foyer
ici on est bien protégés
ici demain est comme hier et pourtant toujours différent
s’il n’y avait le crocodile on pourrait oublier le temps

Comment rester au pays
quand malgré nous on a grandi
quand on ne voit plus vraiment une maman en Wendy
on a perdu cette ignorance cette innocence
plus le droit désormais à ces contes sans nuances
Quand on regarde à travers les yeux des grandes personnes
et leurs savoirs figés
le pays imaginaire n’est plus drôle du tout
la menace est partout
y compris chez les fées.
D’autres enfants viendront nous remplacer,
le dernier refuge est tombé :
on ne peut plus croire que Peter vaille mieux que Capitaine Crochet.

Nous qui n’avons réussi
ni à rester enfant
ni à devenir de grandes personnes
on se sent insignifiant comme personne
noyés dans le vide de nos intérieurs
qui a englouti nos fragiles radeaux
ohé du bateau ! Qui viendra nous repêcher,
nous les adultes empêchés
qui nous noyons dans un verre d’eau
ohé ! Nous sommes inadaptés
et nous tenons à l’être.
Qu’avons-nous comme avenir ?
Nous jetter par la fenêtre
en rêvant d’être sauvés
par la poudre de Clochette.

Poésie de carnet : août 2016 à août 2017

travailler la posture d’aveugle
positionner les essentiels
couleur d’orange
une petite mort
dans l’espace, personne ne vous entend danser
gradation vers
émotions positives
Transhumance
le nous plutôt que le vous
délitement
maintenant ça va mieux
contact
remonter
J’essaie de vivre au jour le jour
Je veux un chez moi, mais ce n’est pas une urgence.
Autonomie.
je dois pouvoir me faire confiance !
2 possibilités
ce que le manque de structure provoque cognitivement
premier dialogue intérieur
être au clair avec son engagement
rituels avec
chaudron magique
distinguer obstacles et murs
safe space à explorer
au Ruisseau chaud
un espace vraiment collectif
je n’ai pas tout à fait renoncé à cette prétention
Clôturer l’enfance.
Projet intimiste et satirique.
il était une fois la vie, mais toi
cabane mentale
résilience
résilience
Danse des articulations
ceci est ma place
celle qui était déjà sur la planète et qui accueillait
s’injecter couleur
Tension exprimée comme une énergie
Vous, vous, votre regard ! Je ne savais plus quoi dire.
falsifier
Apprendre à changer d’état interne
trous émotionnels
bénéfices secondaires de la perte
chahut
les Aliennes
double peine
on relie tout
équivalences
instantané
Inventer des potins imaginaires
ces meufs qui quittent leurs mecs pendant les vacances
Pousses
Hors du feu
Entre-deux guerres
Un type avec un fort accent russe essaie de m’offrir du champagne
électron libre
la nécessité du mouvement
proximité-distance
Flip, flap, flop. Flip on est neutre.
inspiré
Hypothèses
on roule ensemble sur les tapis
projection des émotions et désirs
se faire ballader
donne – Non.
je descends tête la première mais je n’ai pas peur.
c’est bien toi
le pouvoir de transformation
ANCRAGE
[ ]
la route de l’affirmation.
seule en scène, La vagabonde
les pièces du puzzle assemblées
le seul mec vient se mettre au milieu
take action
till death do us apart
deal
Retrospect
End of the line
BROADEN THE PATH
metaphors
who ‘d
faire consensus
à un tel degré
celle avec le plus d’expérience
take a break!
on va parfois devoir interrompre
the aging
The opposite of design is tradition.
à court terme
We need to stop playing that game.
le + vite possible
trop hautes exigences pour le groupe
état des lieux
mauvaise estime
On attend
Tête à tête.
Gestion de la colère
Jeux de visage.
faire l’enfant triste.
méditation orgasmique
aiguiser mon envie d’être
[ ]
pas la place d’être plus bougée
ignorant l’alternance jour-nuit
Comme un être polymorphe, un poignard planté au niveau du plexus, un soleil plein et rouge, un oesophage empoisonné, une onde vibratoire aux limites floues
Traversées
Quelles différences entre l’eau et les balles ?
j’ai pris soin
Reconstituer
Choc & soulagement
des poissons se disputent en elle
solitude de l’air
j’ai un petit endroit mort
c’est mon tour
Je me demande pourquoi j’ai appris il y a si longtemps à être directe dans mon regard.
Continuité
la tension dans mon ventre
elle sait se protéger
je ne peux pas la mettre en danger
Changez de scénar
Les gens vont s’ennuyer
Demander la prochaine fois
J’ai envie
avec les mains
des miniatures
s’imaginer se remplir d’un liquide doré
Force à trouver là.
brode autour
un collier d’esclave
it’s like knowing the solution and deliberately ignoring it
trust yourself
Mon passé, yeux fermés, dans la lumière, à terre, immobile, répétait doucement “numb”.
encore et encore, jusqu’à être tout à fait synchros, jusqu’à l’épuisement, la transe…
laisser partir
je sais quand c’est le moment d’ouvrir les yeux et je le fais
Prépare toi
Plaisir du nouveau tapis
il n’y aura pas de reconnaissance du mal
rien, aujourd’hui, rien
Je ne fais rien,
Le coeur est toujours sur le sol.
Peur que ce soit ma faute
semi-paralysie
Je n’articule pas assez
j’arrive à donner des coups
JE suis partie
commencer quand on veut
marge de manoeuvre
voir à travers quoi
Début début octobre
inquiétude de retomber
La simple légèreté ne m’est pas évidente
en buvant du thé vert.
les moments où je baille lui font plaisir.
[ ]
Doux et lumineux comme un Myazaki –

2017, juin

Je ris, souris, m’allonge sur le canapé terrassée avant de reprendre mon clavier. Mon bas-ventre est le centre de lents mouvements souterrains qui rappellent à ma gorge une remontée d’acide. Cette même chaleur, la substance qui t’entraîne à l’intérieur de toi.

Il pleut à grosses gouttes et je me raconte des histoires sur les correspondances entre mon état interne et la météo. Ça y est, le ciel a crevé, et je suis dans la phase de redescente de ce long trip qui a commencé un jour de fièvre mercredi dernier. C’est normal, Alienne, l’intensité émotionnelle n’est pas exponentielle, et il fallait bien redescendre un jour, prendre le temps de se reposer. Enlever les voilages colorés. Ça m’a rendue un peu triste. On les remettra bientôt, je sais. J’ai envie d’être dans une immense véranda et de m’allonger sur le sol pour écouter la pluie tout l’après-midi. Réveillée vers midi avec une sensation de gueule de bois, j’émerge doucement. Moins fébrile, moins pleinement joyeuse, peut-être vais-je réussir à écrire cet article que je laisse traîner depuis un mois.

J’ai vécu un long mois pendant lequel j’ai pu rêver que je ne connaîtrais plus l’angoisse : plongée dans un état, il est si facile d’oublier qu’il existe autre chose. Depuis quelques jours, l’amie fidèle est revenue, avec deux pics. Je ne maîtrise pas le flux et le reflux. Mon premier bad trip m’a pris par surprise : je ne le croyais pas possible. Le soleil me procure l’effet apaisant d’un câlin. Je n’ai pas réussi à faire de la méditation une pratique régulière. Je ne suis pas une personne persévérante. J’ai peu de discipline. En une semaine, j’ai volé trois articles en supermarché. Chaque fois a été spontanée, mais je m’interroge sur cette récurrence. Ma poésie ne dit pas toujours la vérité, mais au moins mon espoir de la vérité. I’m still not as strong on my own as I’d like to be. Je switche fréquemment en anglais dans ma tête, et parfois à l’oral. J’ai souvent peur qu’on me juge pour ça, qu’on pense que je le fais pour renvoyer quelque chose, alors que je dis simplement les mots tels qu’ils viennent. Que m’avait-elle, dit, l’été dernier ? La possibilité de trouver une sécurité, mais pas de véritable stabilité intérieure. Tout de même, il me semble qu’un équilibre externe m’aiderait à trouver son miroir interne. J’ai peur de perdre celui que j’avais trouvé et qui me convenait si bien.

J’aime chercher le petit animal sauvage qui est caché derrière la façade. Trouver mes semblables.

Mon feu se nourrit de mon eau
il est humide, donc il brûle mal,
il me balbutie des flammèches
qui ont moins d’attrait que les flammes.
Comme il peine à se faire entendre
bien souvent il se change en braise
et il fait semblant d’être calme
seulement pour masquer la fournaise
qui a pris logis dans mon âme.

Ne me donne pas de terre
je n’veux pas m’enraciner
à tes côtés

Ne me donne pas de terre
je ne saurais quoi en faire
ni comment m’en dépêtrer

Ne me donne pas de terre
pas de fausse stabilité
l’illusion d’être arrivée
que tes tremblements de terre
finiraient par dévoiler
me laissant comme un fruit vert
rêvant sa maturité

Ne me donne pas de terre
je suis bien trop occupée
à chercher

Celle de mon corps vivant
Celle qui pulse à chaque instant
quand je suis ce que je sens

La promesse à mon doigt,
la seule qui sera ma loi
c’est à moi que je suis fidèle

Mon existence,
c’est à moi d’en porter le poids
Acte de foi,
je me fais confiance

île volante,
terre mobile
je serais mon propre foyer
l’endroit où toujours retourner
ma terre d’accueil.

Je me sens air-feu aujourd’hui,
je crois que ton feu m’a nourrie
Le souffle brûlant dont tu joues
ravive le brasier qu’est mon cou
pimenté de tes belles morsures.
Comme elles me donnent fière allure !
Ta voix feutrée dans mon oreille,
ah, que je feule sans pareil
quand de mon subspace je m’éveille
je rêvais d’un collier de feu
qu’on ne m’aurait donné bien sûr
qu’après une lancinante torture
qui aurait duré très longtemps
faite de fessées de griffures
et autres dangereuses fioritures
qui me rappelleront mon tourment
quand, loin, ton feu est mon absent.