2015

Les parfums qu’on m’a offert n’ont servi qu’à décorer des étagères. J’ai toujours été nostalgique. Je ne souhaite pas me reproduire. J’ai aimé fumer dès ma première cigarette. J’aimerais me souvenir de chaque livre lu. L’odeur de la terre après après la pluie m’apaise. J’apprécie parfois d’être portée par l’excitation de la colère. Les montées d’adrénaline me procurent un délicieux vertige. L’escalade me manque. Je ne sais pas vivre sans être amoureuse. J’aime l’anonymat des grandes villes, des aéroports, des gares ; observer les gens dans ces espaces de passage. Rien de plus désagréable qu’un verre de bière que renversent sur moi les hommes éméchés pendant les concerts. J’aimerais être plus mince, ce qui ne m’empêche pas de trouver belles des femmes plus grosses que moi. Les objets de couleur orange me réjouissent, même si c’est une couleur que je porte moins qu’avant. Je n’ai plus envie de parler à mon père. Je voudrais apprendre à fuir plus facilement les relations toxiques ou trop asymétriques. J’aimerais pouvoir embrasser la majorité des mes ami·e·s sans que ce ne soit un problème. Je juge le style vestimentaire des gens dans le métro. Adolescente, j’ai beaucoup pensé, lu, parlé de suicide. Mes premiers rapports à la mort ont été indirects : je n’ai pas encore perdu quelqu’un que je considère comme proche. J’aime marcher dans la ville de nuit, quand tout est désert, paisible. Je peux pleurer pour la beauté des grands paysages, des vastes étendues (forêts enneigées, déserts). J’ai déjà vécu un grand chagrin d’amour, un chagrin comme en parlent les romans. Heureusement pour moi, ce fut bref. Je serais satisfaite si les chapeaux étaient à nouveau un accessoire de tous les jours. Aller chez le médecin revient pour moi à se préparer pour un combat. Je préfère le métro suspendu au métro souterrain. Je me vois comme quelqu’un qui pourrait écrire ; je n’ai pourtant jamais beaucoup écrit. Je suis souvent mal à l’aise quand on me regarde faire une activité qui se fait très bien seule. Je supporte mal l’autorité et suis dépourvue d’ambition professionnelle. Je sais aimer, ce qui n’a l’air de rien, mais n’est pas donné à tout le monde. Je suis consciente d’avoir des privilèges. Je préfère dormir avec quelqu’un plutôt que seule. Je ne sais pas résister à un bon canard. La nuit efface le stress de mes journées. Je devrais apprendre à me débarrasser de l’angoisse. Je n’aime pas vraiment mon écriture. J’aime entendre des langues étrangères. J’ai déjà été très heureuse. Les choses bien rangées m’apportent satisfaction : je ne suis pas maniaque pour autant. Je préfère boire mon café dans une petite tasse. Je voudrais pouvoir me passer du travail salarié. Il m’est nécessaire de visiter de nouveaux lieux régulièrement. Je n’ai pas la télévision depuis mes 14 ans ; je ne l’ai jamais beaucoup regardée. Ce qui y passe est, dans l’ensemble, imbuvable. Mes lèvres sont facilement sèches, hiver comme été. Ma peau se fragilise avec l’âge, je n’ai pourtant que 23 ans. J’ai peur de vieillir, peur que, morceau par morceau, mon corps cesse d’être tout à fait fonctionnel. J’aime les moments où je peux oublier mon corps : ils sont trop rares. Je fais des cauchemars depuis l’enfance et je suis toujours aussi terrifiée. Je comprends la peur de devenir fou. L’humour mainstream me fait difficilement rire. On me reproche parfois de manquer d’humour : je considère avoir bon goût. Je n’ai pas le goût de l’effort mais suis fière de moi après en avoir fait. J’aimerais avoir une meilleure maîtrise de mon corps : voix, souffle, orgasmes. Je suis individualiste, mais rarement égoïste.

contaminée par le rêve américain
l’idée qu’il faut réussir sa vie
on a beau refuser, elle est là, sournoise
un flic dans la tête comme un autre
banal à en crever

croire qu’on pourrait être heureux autrement
oublier la petite voix
l’enterrer, encore chaude…
elle ressurgira toujours au bon moment
ou plutôt, au mauvais
croche-patte mental mesquin
et personne pour te rattraper

je n’vois bien que les yeux fermés
quand j’suis plus polluée par la réalité
je me laisse porter par la substance
un fou rire et je pars en transe

pourtant il reste une part de malaise
j’deviens si vulnérable j’laisse tomber des barrières
mais même comme ça le regard des autres pèse
sur l’ultime liberté qu’on atteindra jamais

I’d like to be a big wild beast and free
chanter ça à tue-tête chanter à se tuer les cordes vocales
chanter parce que ça n’arrivera pas
never ever free
malédiction de la conscience réflexive
de la voix dans sa tête qu’on n’sait comment faire taire

on s’est laissés croire à la fusion à la transmission de pensées à
l’amour
un temps un immense fragment d’espace
avant la chute le petit rien le détail qui rappelle
que nous sommes des aliens les uns pour les autres
et peut-être pour nous-mêmes

Détruire, dit-il
l’égoïsme
ce Soi, là, en face
qu’on arrive pas à achever
mais qui s’émiette tout seul

tu te cherches, tu voudrais saisir
autre chose
que
ces fugaces
impressions récentes de toi-même

Où suis-je ?!, tu cries
au milieu des images déformées

tu es ton propre kaléidoscope

tu le savais

tu es parti quand même

chercher
chercher ailleurs
chercher tout droit

tu es revenu sur tes propres pas
sur
la TRACE
qu’efface
la fumée de l’avion

revenu
sur
le temps de ton corps
un an de voyage rattrapé en 24h
équivalence
nonsense

retour de l’enfant prodigue
reste la douloureuse question

que faire de l’après

La mer de nuages

Le soleil en fusion
s’étale
sur la mer de nuages
Et le ciel est si bleu qu’on ne peut croire à la nuit

Pourtant le brasier
déjà
n’est qu’une lueur
une trace

la ligne d’horizon surlignée de lumière
enfle soudain
comme une bougie qui s’embrase
une dernière fois

on brûle plus vite quand on va mourir
– ou s’éteindre, c’est selon
l’âme n’est elle pas une flamme,
a flickering one ?

I know for sure mine is
I can feel it sometimes
étincelle de vie
burning
almost bursting
with excitement

But now it’s still
deep and quiet
devant la mer de nuages

Revoir mon jugement.
Je ne mourrais ni étouffée, ni dans un incendie, ni même de nuit, écrasée par une voiture lancée à pleine vitesse.

Je mourrais peut-être de nostalgie.

Je ne sais pas encore très bien comment on meurt de nostalgie. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en soit mort. À part, sans doute, le petit prince… plus sûrement que du venin du serpent. À moins que ce ne soit moi seule qui m’en consume en lisant son histoire.
C’est une sorte de maladie insidieuse. Je crois qu’elle vous emporte petit à petit, sans qu’on s’en rende bien compte.

De minuscules morceaux d’âme s’échappent, pour

chaque livre un peu trop triste
chaque silhouette d’arbre nu qui se découpe sur les ciels froids et purs de l’hiver
chaque chanson mélancolique
chaque caresse du vent
chaque (ré)volte passée, et chaque (ré)volte à venir
chaque trace de beauté
chaque instant de poésie

pour l’éphémère qui est partout.

Cette douceur-douleur (ou est-ce l’inverse) m’éparpillera au mille vents pour ne laisser qu’une coquille vide.

Je voudrais inventer un nouveau langage pour chaque nouvel amour
Tout nouvel amour mériterait un vrai commencement
Pas une continuation

Il faudrait oublier oublier
Essayer d’apprendre à
aimer différemment

Effacer les schémas
Tout ce qu’on croyait savoir sur l’amour

Que faire si
« On n’aime bien qu’une fois : c’est la première
les amours qui suivent sont moins involontaires »
Est-ce qu’on aime mal quand on aime pareil ? Est-ce que ce qui a déjà été est pour autant moins vrai ?
La reproduction comme mensonge, figure de la pire des trahisons – obsession de l’originalité, vaine quête.

Croire que nos amours auraient pu être pures alors qu’on nous a tant parlé de l’amour
depuis toujours

on ne peut éviter l’amour plagiat

J’essaie surtout de ne pas trop y penser

I’m so high I can’t tell
I wish sometimes
One could follow me.
But can you even try ?

I live for :
Slopes and Heights
Mountains and Valleys
Dives and Flights

No flat country
Will satisfy
My appetite

Crying and laughing
Are the very same thing
Except reversed

Do not be afraid of what would be too sad

Comment pourrais-je ne pas t’aimer
Toi qui m’a lu tous ces poèmes
Toi qui m’a ouvert des portes
Dont j’ignorais l’existence même

Comment pourrais-je ne pas t’aimer
Toi qui m’a guidé par-delà
Monts et par vaux dans ce voyage
De ceux dont on ne revient pas

Comment pourrais-je ne pas t’aimer
Toi qui a su être mon ailier
Qui au milieu de la cohorte
M’a suivi parmi les nuées

Comment pourrais-je ne pas t’aimer
Toi qui étais autre moi-même
De l’écume de nos amours
Nous devrions garder la crème

Comment pourrais-je ne pas aimer
Chacun de vous et plus encore
Ces liens-là ne disparaissent pas
Ces liens comptent parmi les plus forts

Comment pourrais-je ne pas aimer
Ce qui me restera de vous
Et la confiance, si fragile…
Et la chaleur sur mes joues.

Merci pour les poèmes

Merci pour les poèmes,
Pour l’émotion pure,
Pour ce que ta voix sème,
Me révèle comme fêlures.

Vivent dans ma mémoire
Quelques instants de grâce
Aux reflets de la moire ;
Jamais ils ne s’effacent.

Souvenirs précieux
Qui parfois me rappellent
Tu n’es pas éternelle,
Ici sont tes cieux.

Je suis touchée à l’âme
Toi, moi, la poésie,
Qui portera le blâme ?
Peut-être est-ce Lucy.

Je suis touchée au cœur,
Et si c’est sans rancœur
– Mais pas sans amertume –
Que je glisse, posthume,

Pour l’amour qui n’est pas,
Un soupir qui soulage,
Oserais-je dire, tout bas :
J’ai fait un beau voyage…